CHIRURGIE 4.0 : interconnexion digitale

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Plaidoyer pour une politique publique de déploiement robotique

Plaidoyer pour une politique publique de déploiement robotique 

Dans ce rapport consacré à la chirurgie robot-assistée des tissus mous en France, le docteur Jean-Claude Couffinhal et le professeur Hubert Johanet, présentent un état des lieux des chirurgies robot-assistées en France en 2022, à partir de l’analyse d’actes traceurs représentatifs des spécialités analysées : chirurgie urologique, digestive, gynécologique et thoracique. Cette étude est la première à rapporter des chiffres nationaux consolidés, qualitatifs et quantitatifs, ainsi qu’une analyse détaillée des activités régionales, à partir des données PMSI.

Les auteurs défendent une politique publique de déploiement robotique et étudient notamment :

  • Comment l’urologie, longtemps seule spécialité à utiliser le robot, est-elle challengée par les autres spécialités ?
  • Peut-on mettre en évidence des différences significatives en termes de durées moyennes des séjours, de reprise à 30 et 90 jours et de passage en réanimation entre les voies d’abord robotiques et les autres voies d’abord mini-invasives ?
  • Quel est aujourd’hui le taux résiduel de chirurgie ouverte pour les actes étudiés, dont les recommandations imposent des gestes mini-invasifs ?

 Au regard de cet état des lieux, les deux auteurs s’interrogent sur l’équipement de la France pour faire face au défi de la Chirurgie 4.0, à l’ère de la Médecine 5P ?

Passage à la chirurgie 4.0 : interconnexion digitale

Selon les auteurs, à partir de 2020, la révolution technologique fait émerger des besoins robotiques complémentaires afin de hisser les pratiques chirurgicales au niveau des exigences de l’ère nouvelle de la médecine de précision, personnalisée et basée sur les données. Cette nouvelle période en plein développement est celle de la Chirurgie 4.0, celle du robot connecté et de l’utilisation progressive et extensive de l’intelligence artificielle.

La Surgical data science anticipe toutes les évolutions nécessaires à l’intégration des pratiques chirurgicale dans l’écosystème numérique, paradigme de la révolution médicale en cours.

Afin d’aboutir à l’interconnexion digitale (Chirurgie 4.0), que les pouvoirs publics appellent « le bloc du futur », certains objectifs doivent être remplis. Les auteurs montrent que ces objectifs sont loin d’être atteints.

  Amélioration de l’efficience économique par la robotique

Pour les auteurs, le coût financier du robot, comme l’appréciation de son utilité, sont encore aujourd’hui trop affaires d’opinion et de partis pris y compris au niveau des décideurs, des payeurs et des régulateurs.

A l’heure actuelle, en l’absence de tout financement spécifique à l’utilisation des robots, c’est à l’établissement, aux chirurgiens et dans certains cas indirectement aux patients de supporter cet investissement et son utilisation. Parfois, les établissements arrivent à se soustraire du poids de cet investissement, grâce à des financements extérieurs au système de santé (fondations, aides territoriales,…), en l’absence de régulation et de transparence. Cela renforce les inégalités entre les établissements, et cela depuis 20 ans. La vision pertinente en termes d’efficience économique doit être intégrative et les analyses devraient s’intéresser au cumul des gains obtenus sur l’ensemble du parcours de soins. Cette étude objective les gains générés grâce à la diminution des durées moyennes des séjours, puisqu’à procédures égales, la robotique affiche des durées de séjours moitié moins longues que celles de la chirurgie ouverte et dans certains cas, plus courtes que celles des autres approches mini-invasives. Cette diminution est à l’origine des gains économiques pour les établissements et les payeurs.

Les auteurs soulignent que « Les gains financiers, évalués selon une approche intégrative sur l’ensemble du parcours de soins, pourraient s’avérer substantiels pour les payeurs en prenant en compte la conversion en pratiques mini-invasives d’une partie des séjours « ouverts » que nous retrouvons dans notre étude (> 30 000 sur la population analysée). »

Pour eux, seule la mise en place par les pouvoirs publics d’une politique financée de déploiement robotique, pertinente et ciblée (création de GHS spécifiques ? Financement régional par appel d’offre ?), peut permettre de réaliser cet objectif, comme l’ont fait d’autres pays européens.

Quelle politique publique pour la chirurgie robot-assistée en France ?

En conclusion, ce rapport se veut éclairant car il permet, à partir des données disponibles dans le PMSI, d’obtenir une vision factuelle, en vie réelle, de l’état des lieux de la chirurgie robot-assistée en France, de l’accès des patients aux différents types de chirurgies et de l’impact de chaque approche chirurgicale sur des périmètres qui se veulent comparables. Cette étude a été réalisée dans la volonté de permettre aux projets à venir de prendre en compte les retards existants. Les éléments portent sur les chirurgies robot-assistées des tissus mous uniquement.

Les auteurs posent la question d’un financement spécifique pour l’utilisation des robots, qui soulagerait les établissements du poids de l’investissement et qui n’impacterait pas les dépenses du payeur ?

Pour les auteurs, ce sujet fondamental, aux conséquences économiques et sanitaires majeures, aurait mérité à la fois l’attention de la communauté scientifique et des pouvoirs publics, ainsi que le déclenchement de mesures adaptées. Dans d’autres pays européens des réflexions ont été menées durant ces 10 dernières années et ont conduit à des politiques adaptées de déploiement coordonné et de formation pour la robotique chirurgicale des tissus mous. Ce sujet est plus que jamais d’actualité dans le cadre de la compétition autour des innovations technologiques et du bloc du futur

La France, pionnière et longtemps au premier rang de la chirurgie mini-invasive, est déclassée. En Europe, le Danemark depuis 10 ans a déployé sa politique du tout robotique pour la chirurgie du cancer. Au Pays de Galles, en 2022, le ministre de la santé donnait le coup d’envoi du « Pioneering the All-Wales Robotic Assisted Surgery programme for cancer », mis en place pour favoriser l’accès à des technologies et techniques de pointes pour des chirurgies de précision.

Les auteurs concluent que seule une politique de robotisation programmée, telle qu’elle a été développée dans certains pays, peut permettre de dépasser le « plafond de verre » de la laparoscopie traditionnelle, véritable obstacle structurel.

En 2024, l’Académie Nationale de Chirurgie s’est engagée avec d’autres partenaires institutionnels autour de l’Agence de l’Innovation en Santé pour l’élaboration de plans d’action pour la réalisation de certains grands chantiers du « Plan Innovation Santé 2030 ». Parmi ceux-ci, figure le cadrage prospectif du bloc opératoire du futur, qui s’intègre dans les fondamentaux de la chirurgie 4.0, selon le schéma des boucles digitales.

Pour aller plus loin lire l’excellent rapport de Jean-Claude Couffinhal et Hubert Johanet : La chirurgie robot-assistée mous en France : Etat des lieux, disparités régionales et impact en vie réelle : une étude sur base de données médico-administratives.

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