IA & DISPOSITIFS MEDICAUX A USAGE COLLECTIF DE LA CHIRURGIE 4.0 : Une feuille de route réglementaire complexe à élaborer
Episode 1 : COMPLIANCE RIA/RDM/REHDS
L’Intelligence artificielle bouleverse la manière de soigner, de prévenir et de suivre le patient dans son parcours de soin. La capacité de l’IA à analyser les données de santé en temps réel et historiques en fait un outil puissant pour améliorer l’efficacité et la résilience des systèmes de santé En comparant les données individuelles des patients à des centaines de cas similaires grâce à l’IA, le système peut anticiper les complications et faciliter une prise de décision proactive.

L’IA en santé ne peut se développer que si une stratégie d’accès aux données est implémentée au niveau national et européen, ce qui nécessite l’harmonisation réglementaire, la disponibilité et l’infrastructure des données, la transparence, la validation des données probantes et leur utilité clinique, ainsi que la confiance dans ces dispositifs médicaux embarquant un système d’Intelligence artificielle.

En intégrant l’IA prédictive aux opérations hospitalières, les systèmes de santé peuvent passer d’une gestion réactive des crises à des réponses anticipatives et fondées sur les données. Cela améliore non seulement la prise en charge des patients, mais permet également de remédier aux pressions systémiques chroniques, telles que la pénurie de personnel et la saturation des services de soins intensifs, grâce à une utilisation plus judicieuse des ressources disponibles.
La même logique s’applique aux soins primaires, où l’optimisation des ressources grâce à l’IA pourrait contribuer à gérer l’augmentation du nombre de patients, à réduire les orientations inutiles et à garantir un dépistage et une prise en charge plus précoces des patients. Une telle optimisation des processus est essentielle pour maintenir ses systèmes de santé publics.
1- Quel type d’IA ?

IA prédictive
En Santé, le machine learning, le deep learning et les réseaux de neurone sont adaptés au pronostic, diagnostic, aide à la décision.
A titre d’exemple,
- AICCELERATE (Horizon 2020, 9,2 millions d’euros, 20212024) a développé un moteur de parcours de soins hospitaliers intelligent qui utilise l’IA pour optimiser la gestion des flux de patients dans les services d’urgence et de chirurgie. Ce moteur a été testé dans cinq hôpitaux européens ;
- HosmartAI (Horizon 2020, 10 millions d’euros, 20212024) a créé une plateforme d’intégration ouverte pour le déploiement de l’IA et de la robotique dans les opérations hospitalières, avec huit projets pilotes à grande échelle couvrant des domaines tels que les maladies cardiovasculaires, le diagnostic du cancer et la réadaptation.
- l‘initiative phare EU4Health sur l’IA et les données de santé pour la santé cardiovasculaire (EU4H2026SANTEPJ04, 20 millions d’euros) soutiendra la validation et le déploiement à grande échelle d’applications d’IA matures pour
- la prédiction des risques,
- le dépistage précoce,
- la prévention personnalisée,
- le traitement et la réadaptation tout au long du continuum de soins cardiovasculaires,
tout en construisant un écosystème européen de données de santé fiable.
IA agentique
L’IA peut améliorer l’accès et la synthèse des connaissances médicales par les cliniciens, en les aidant à retrouver les données probantes, les recommandations et les directives personnalisées pertinentes au moment des soins. Les assistants virtuels d’IA générative destinées à soutenir les professionnels de santé, couvrant des cas d’usage allant de l’aide à la décision clinique à la recherche d’informations, sont financés notamment dans le cadre du projet européen dédié (GenAI4EU, HORIZON-HLTH-2025-01-CARE-01).
2 : Le cadre réglementaire applicable aux DM à usage collectif utilisés dans les établissements de santé
Quelles réglementations doivent être respectées par les fournisseurs de SIA, les déployeurs et les établissements de santé qui peuvent être fournisseurs pour certaines technologies développées en interne et déployeurs lorsqu’ils les utilisent ?
Le paysage réglementaire européen de l’IA en santé comprend à la fois une législation transversale, notamment la loi sur l’IA et la directive sur la responsabilité du fait des produits, réglement sur les données (DATA Act), le Réglement sur la gouvernance des données (DGA), la Directive NIS2 et des réglementations spécifiques au secteur de la santé, telles que le règlement relatif aux dispositifs médicaux (RDM), le règlement relatif aux dispositifs médicaux de diagnostic in vitro (RDMDIV), le règlement relatif à l’évaluation des technologies de la santé (HTAR) et le réglement sur l’espace européen des données de santé ( EEDS), le réglement sur la cyber résilience .
,

Ces cadres régissent différents aspects, mais interdépendants, des technologies médicales basées sur l’IA :
- risques algorithmiques et transparence,
- sécurité des produits ;
- performances cliniques ;
- responsabilité en cas de préjudice ;
- évaluation de la valeur clinique ;
- accès aux données et gouvernance.
Les développeurs et les établissements de santé doivent se conformer à ces exigences.
La principale difficulté réside dans leur mise en œuvre pratique. Contrairement à la FDA, qui propose un dialogue structuré et précoce entre les développeurs et les autorités de réglementation, le système européen s’est appuyé sur les organismes notifiés pour la mise en œuvre des exigences réglementaires, sans mécanisme comparable de concertation préalable au dépôt des dossiers. L’interprétation incohérente des exigences du règlement relatif aux dispositifs médicaux (RDM) par les organismes notifiés accentue encore cette incertitude.
3-DM : SIA à haut risque selon le RIA
RÈGLEMENT (UE) 2024/1689 DU PARLEMENT EUROPÉEN ET DU CONSEIL du 13 juin 2024 établissant des règles harmonisées concernant l’intelligence artificielle et modifiant les règlements (CE) n300/2008, (UE) n°167/2013, (UE) n°168/2013, (UE) 2018/858, (UE) 2018/1139 et (UE) 2019/2144 et les directives 2014/90/UE, (UE) 2016/797 et (UE) 2020/1828 (RIA)
Définition d’un SIA selon l’article 3.1 du RIA
«système d’IA», un système automatisé qui est conçu pour fonctionner à différents niveaux d’autonomie et peut faire preuve d’une capacité d’adaptation après son déploiement, et qui, pour des objectifs explicites ou implicites, déduit, à partir des entrées qu’il reçoit, la manière de générer des sorties telles que des prédictions, du contenu, des recommandations ou des décisions qui peuvent influencer les environnements physiques ou virtuels.
Selon les lignes directrices de la Commission européenne :

« Modèle d’IA » : absence de définition dans le RIA. Il s’agit d’un programme entraîné sur un ensemble de données pour identifier certains schémas ou prendre des décisions sans interventions humaines.
Agent IA
En règle générale, un agent d’IA contiendra au moins un modèle d’IA à usage général (GPAI, article 3, paragraphe 63) et constituera un système d’IA, car il aura généralement une certaine forme d’interface, qui est considérée comme une composante du système (considérant 97 de la législation sur l’IA).
À partir du 2 août 2026, si l’agent d’IA est classé comme un système d’IA à haut risque, il est également soumis à des exigences supplémentaires qui garantissent sa sécurité et sa fiabilité pour l’utilisation prévue (chapitre III RIA).
En outre, si l’agent d’IA est destiné à interagir avec des personnes physiques ou à générer du contenu, des règles de transparence s’appliqueront (article 50 de la législation sur l’IA) – un code de bonnes pratiques visant à rendre ces règles opérationnelles est en cours d’élaboration.
En ce qui concerne les modèles GPIA qui sous-tendent généralement les agents d’IA, des facteurs tels que le niveau d’autonomie ou l’utilisation des outils du modèle peuvent être déterminants pour la désignation du modèle en tant que modèle présentant un risque systémique [article 51, paragraphe 1, point b), annexe XIII, point e), de la législation sur l’IA]. En outre, les fournisseurs de modèles GPAI présentant un risque systémique sont soumis à des obligations de gestion des risques, qui comprennent des considérations relatives aux capacités autonomes du modèle et à son utilisation agentique [opérationnalisées, par exemple, dans la mesure 5.1, point 7, appendice 1.3.1, points 5) et 7), appendice 1.3.3, points 1), 4) et 12), ou appendice 3.2, deuxième alinéa, chapitre sur la sûreté et la sécurité du code de bonnes pratiques GPAI].
Par exemple, le récent appel d’offres du Bureau de l’IA sur l’assistance technique pour la sécurité de l’IA comprend un lot consacré à l’évaluation de la sûreté et de la sécurité des agents de l’IA
Réglementation par les risques

Cette classification à haut risque entraîne un ensemble complet d’obligations avant et après la mise sur le marché, applicables tout au long du cycle de vie du produit, de la gouvernance des données et de la documentation technique à la transparence, au contrôle humain, à la robustesse et à la surveillance post commercialisation. Les systèmes à haut risque sont soumis à des exigences strictes tout au long de la chaîne de valeur de l’IA, avec des obligations spécifiques
Des obligations différentes pour chaque rôle
Le RIA définit 5 rôles principaux avec pour chacun d’eux des responsabilités spécifiques et cumulatives. La qualification est fondée sur un rôle effectif.
| «fournisseur», | une personne physique ou morale, une autorité publique, une agence ou tout autre organisme qui développe ou fait développer un système d’IA ou un modèle d’IA à usage général et le met sur le marché ou met le système d’IA en service sous son propre nom ou sa propre marque, à titre onéreux ou gratuit |
| «déployeur», | une personne physique ou morale, une autorité publique, une agence ou un autre organisme utilisant sous sa propre autorité un système d’IA sauf lorsque ce système est utilisé dans le cadre d’une activité personnelle à caractère non professionnel; |
| «distributeur», | une personne physique ou morale faisant partie de la chaîne d’approvisionnement, autre que le fournisseur ou l’importateur, qui met un système d’IA à disposition sur le marché de l’Union; |
| «importateur», | une personne physique ou morale située ou établie dans l’Union qui met sur le marché un système d’IA qui porte le nom ou la marque d’une personne physique ou morale établie dans un pays tiers |
| « mandataire » | une personne physique ou morale établie dans l’UE et représentant le fournisseur établi hors UE |
Un établissement de santé peut être qualifié de fournisseur s’il développe des SIA et être un déployeur lorsqu’il utilise sous sa propre autorité un SIA, ses obligations seront différentes en fonction de la qualification retenue.
Obligations du fournisseur : obligations ex ante (articles 16-29)
- gestion des risques,
- robustesse,
- évaluation de la conformité
Obligations du déployeur : conformité de l’usage (article 29)
- supervision humaine,
- surveillance,
- signalement des incidents,
- évaluation de l’impact sur les droits fondamentaux.

Le rôle d’importateur distributeur et mandataire portent des responsabilités plus ciblées
- L’importateur doit vérifier la conformité des systèmes importés ;
- Le distributeur s’assure de la disponibilité de la documentation appropriée ;
- le mandataire sert d’interlocuteur UE pour les fournisseurs établis hors Union européenne
Exigences avec des obligations renforcées pour les DM (SIA à haut risque)
Fournisseur : Check list des exigences

Sanctions adaptées

4- Compliance : Interactions entre les exigences du RIA et le réglement sur les dispositifs médicaux et le réglement sur l’espace européen des données de santé
Le règlement sur les dispositifs médicaux régit la sécurité et les performances cliniques du DM (différent de SMA/ASMA évalué au niveau national (avis de la HAS) pour le remboursement) , alors que le règlement sur l’IA traite des risques spécifiques à l’IA, notamment la transparence, la supervision humaine et la robustesse algorithmique.
Pour aller plus loin sur la Réforme du RDM : Réforme des Règlements UE sur Dispositifs Médicaux: Simplification
Pour aller plus loin sur l’Espace Européen de Santé : Comprendre le Règlement EHDS (UE) 2025/327 : Guide Complet
| Exigences RIA | Interaction RDM et REHDS | |
| Gouvernance des données | Les ensembles de données d’entraînement, de validation et de test doivent être pertinents, représentatifs et correctement documentés. | L’EHDS établit le cadre juridique et d’interopérabilité pour un accès légal aux données ; sa disponibilité effective dépend de la mise en œuvre par les États membres |
| Transparence | Tenue de registres, traçabilité et instructions d’utilisation claires, y compris les capacités, les limitations et l’objectif visé | Le document MDCG 20256 permet d’intégrer les obligations de transparence de l’AI Act dans les processus de documentation DM existants |
| Supervision humaine | Le systèmes doivent permettre aux utilisateurs de comprendre les résultats, de passer outre les recommandations et d’intervenir lorsque cela s’avère nécessaire | Complète l’accent mis par les règlements DM sur la responsabilité de l’utilisateur clinique ; renforce le rôle de l’IA en tant qu’outil d’aide à la décision plutôt qu’en tant que décideur autonome |
| Gestion des risques | Gestion des risques tout au long du cycle de vie, prenant en compte la santé, la sécurité et les droits fondamentaux, y compris les risques spécifiques de l’IA | Extension de la gestion des risques DM existante (ISO 14971) pour couvrir les biais algorithmiques, la dérive des données et la cybersécurité |
| Surveillance post marché | Suivi continue des performances, signalement des incidents graves aux autorités compétentes | Extension des obligations de vigilance DM pour inclure la surveillance spécifique à l’IA (détection de dérive, émergence de biais) |
| Conformité Evaluation | Les IA à haut risque nécessitent une évaluation de conformité | Un processus d’évaluation unique pour la conformité au RIA et aux DM |
Pour les dispositifs médicaux basés sur l’IA, l’évaluation de la conformité doit prendre en compte à la fois les exigences traditionnelles relatives aux dispositifs et les spécificités de l’IA. Le document MDCG 20256, adopté conjointement par le Groupe de coordination des dispositifs médicaux et le Conseil de l’IA, fournit des orientations sur l’intégration des obligations de la loi sur l’IA dans les systèmes de gestion de la qualité RDM existants. Ceci favorise une approche d’évaluation de la conformité plus intégrée entre les deux cadres réglementaires et vise à réduire les doublons et la charge administrative
pour aller plus loin L’IA dans le secteur de la santé : enjeux et réglementations
Cycle thématique sur l’évaluation et la régulation des robots chirurgicaux, Dispositifs médicaux à usage collectif.
Eléonore Scaramozzino, Avocate, Constellation Avocats
EVALUATION DES ROBOTS CHIRURGICAUX : L’ETS-H DES DM INNOVANTS EN MILIEU HOSPITALIER (Episode 2)

Évaluation et régulation économique des produits de santé innovants : articulation entre les échelles locales et nationales.
Travaux de Recherches du Docteur Tess MARTIN, Thèse de doctorat de l’Université Paris-Saclay, sous la co-direction de Nicolas Martelli, spécialiste de l’ETS, fondateur de la Société Francophone pour l’Évaluation des Technologies de Santé à l’hôpital (SF-ETS).
Lecture indispensable pour tous ceux qui s’intéressent à l’évaluation des dispositifs médicaux innovant à usage individuel en milieu hospitalier, certaines recommandations pourraient être reprises pour les dispositifs médicaux à usage collectifs, dont notamment les robots chirurgicaux et les outils numériques utilisés dans le bloc opératoire augmenté.

Les recommandations de Tess Martin
Tess Martin a mis en lumière le manque de diffusion des résultats d’évaluation, le déficit de reconnaissance de l’activité d’ETSH et l’insuffisante formation des acteurs locaux, qui selon elle, constituent autant d’obstacles à une mise en œuvre cohérente des politiques de régulation. Dès lors, elle préconise un renforcement de la coordination entre les différents niveaux de décision et une intégration de manière plus systématique les données issues de l’usage réel. Cette approche permettrait, selon elle, de fluidifier la phase d’évaluation et de contribuer à accélérer l’accès à l’innovation par les patients.
Elle propose, trois grands axes d’évolution. Ces orientations sont déclinées en plusieurs sous-recommandations, synthétisées comme suit :

Elle recommande notamment de :
- Clarifier les périmètres de responsabilité entre niveaux d’action
Une clarification des périmètres d’intervention entre les niveaux national et local permettrait une répartition plus lisible des responsabilités et une coordination renforcée entre les acteurs. Cette clarification est particulièrement importante pour certains dispositifs médicaux financés en intra-GHS, qui ne font pas l’objet d’une évaluation par la HAS et relèvent donc principalement d’une appréciation locale.
La construction d’une typologie des cas de figure — distinguant les produits à évaluation centralisée, ceux relevant d’une évaluation décentralisée, et ceux nécessitant une approche à double niveau — constituerait un outil structurant pour guider les choix à opérer en matière d’adoption des innovations.
- Structurer l’évaluation hospitalière des technologies de santé en
- soutenant l’ETS par des financements dédiés, notamment à travers la dotation sur objectifs de santé publique envisagée dans le cadre de la réforme de la tarification à l’activité (T2A).
- labellisant des centres pilotes par la HAS afin d’expérimenter des méthodologies harmonisées d’ETSH, incluant les dimensions médico-économiques, organisationnelles, ainsi que la perspective des patients — en s’appuyant notamment sur des indicateurs tels que les PROMs et les PREMs.
- élaborant un référentiel national des bonnes pratiques en ETSH qui permettrait de structurer la démarche. Ce référentiel devrait préciser les méthodologies attendues, les processus organisationnels à mettre en place (gouvernance, validation, restitution), ainsi que les modalités de remontée des résultats vers les instances nationales, contribuant ainsi à une meilleure articulation entre niveaux d’évaluation.
- Mettre en place des dispositifs favorisant la mutualisation des évaluations hospitalières. Une plateforme nationale centralisant les rapports d’ETSH pourrait ainsi être créée, assortie d’un système de veille structuré par type de technologies ou par spécialité médicale. Un tel outil permettrait non seulement de faciliter le partage des connaissances entre établissements, mais également d’alimenter les travaux de la HAS et d’éclairer certaines décisions du CEPS en s’appuyant sur les retours d’expériences hospitaliers.
Pour aller plus loin ….Évaluation et régulation économique des produits de santé innovants : adaptation à l’évolution des thérapies innovantes et articulation entre les échelles locales et nationales – TEL – Thèses en ligne

Lire l’article Évaluation et réglementation des technologies de santé innovantes
[1] Pesqué R, Percheron R, Cordonnier A-L, Steelandt J, Paubel P, Pineau J, et al. Accès au marché des dispositifs médicaux innovants : articulation entre évaluations nationales et hospitalières. Ann Pharm Fr 2020;78:189, disponible sur : https://doi.org/10.1016/J.PHARMA.2019.10.002
[2] The potential of the hospital-based Health Technology Assessment: Results of a world wide J
Technol Assess Health Care. n.d. Disponible sur : https://www.cambridge.org/core/journals/international-journal-of-technology-assessment in-health-care/article/potential-of-the-hospitalbased-health-technology-assessment-results of-a-worldwide-survey/0CA233862309E554F486E26051D950E4
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EVALUATION & REGULATION DES ROBOTS CHIRURGICAUX : Etat des lieux (Episode 1)

En France, seuls les dispositifs médicaux à usage individuel sont évalués en vue d’une prise en charge par l’Assurance Maladie. Les seuls dispositifs médicaux numérique remboursés sont les dispositifs médicaux de télésurveillance médicale, qui sont inscrits sur la liste des activités de télésurveillance médicale (LATM) prévue à l’article L 162-52 du code de la sécurité sociale (CSS) sous forme de marque ou de nom commercial ou rattachés à une ligne générique et les dispositifs médicaux à visée thérapeutique (les Digital Therapeutics, DTx) inscrits sur la liste des produits et prestations remboursables (LPPR) prévue à l’article L 165-1 du CSS. Le DMN présumés innovants peuvent tous les deux bénéficier d’une prise en charge dérogatoire d’un an par l’Assurance Maladie, s’ils répondent aux exigences de la prise en charge anticipée numérique (PECAN).
A l’hôpital, les dispositifs médicaux sont inclus dans les tarifs hospitaliers (intra-GHS). Le financement dit en « intra-GHS » repose exclusivement sur le budget de l’établissement, sans soutien financier additionnel. Les DM les plus innovants bénéficient d’une prise en charge « en sus » des Groupes Homogènes de Séjour (GHS).
Les robots chirurgicaux utilisés dans le bloc opératoire, sont des dispositifs numériques à usage collectif. A l’heure actuelle, il n’existe pas de procédure de remboursement. Ils peuvent être commercialisés au sein de l’Union européenne dès qu’ils ont obtenu un marquage CE délivré par un organisme notifié (ON). En revanche, ils ne sont pas évalués par la Haute Autorité de Santé (HAS) dans la mesure où aucune procédure de en charge par l’Assurance Maladie, n’est prévue par le Code de sécurité sociale. La décision d’achat revient alors à chaque direction hospitalière, généralement après un avis consultatif rendu par les COMEDIMS (commissions du médicament et des dispositifs médicaux stériles), qui aura réalisé une évaluation des technologies de santé en milieu hospitalier (ETS-H). Mais, force est de constater que peu d’hôpitaux disposent d’un processus d’ETS pour l’adoption de nouvelles technologies.
Dans l’excellent rapport « La chirurgie robot-assistée des tissus mous en France : état des lieux, disparités régionales et impact en vie réelle. Une étude sur base de données médico-administratives » de Juin 2024, Jean-Claude Couffinhal et Hubert Johannet, membres de l’Académie Nationale de Chirurgie, dressent constat sévère sur le déploiement de ces technologies, « alors que les bénéfices de l’assistance robotique pour le chirurgien sont indéniables ». Pour l’Académie nationale de chirurgie, « Seule une politique de robotisation programmée, telle qu’elle a été développée dans certains pays, peut permettre de dépasser le « plafond de verre » de la laparoscopie traditionnelle ». Jean-Claude Couffinhal plaide pour une approche systèmique, globale, mais également pour une stratégie industrielle à long terme.

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Le plan « France 2030 » prévoit 7,5 milliards d’euros affectés à la santé ; 400 millions d’euros pour les dispositifs médicaux ; 40 millions dédiés à la robotique chirurgicale.
Alexandre BENOIT a piloté depuis 2023, au sein de la Direction Générale des Entreprises, le Grand Défi d’Innovation « Robotique en chirurgie/Bloc augmenté ».qui dispose de plusieurs leviers d’action : financier (appels à projets, appels d’offres…), réglementaire (proposition d’évolution de la réglementation actuelle) et organisationnel (appels à manifestation d’intérêts, collaboration R&D entre acteurs). Sa mission consistait notamment à soutenir les futurs leaders français du secteur, à structurer l’écosystème autour des robots et à contribuer au processus d’optimisation d’accès au marché.


Next step …
Adopter une politique publique de soutien au développement des outils numérique du bloc opératoire 4.0 en se fondant sur une approche systèmique.
Tel est l’objectif de CHIRURGIE 4.0, Think Tank de la Fabrique de la Chirurgie Numérique, association loi de 1901, présidée par le docteur Jean-Claude Couffinhal.

Une série d’articles est consacrée à la thématique Evaluation & Régulation des robots chirurgicaux et de manière plus élargie aux dispositifs médicaux numériques du bloc opératoire augmenté, afin de contribuer aux travaux de CHIRURGIE 4.0, sur les aspects de régulation. Un des axes de réflexion vise à définir comment prendre en compte au niveau national les évaluations des robots chirurgicaux réalisées en milieu hospitalier (ETS-H ciblée sur les DMN à usage professionnel de la CHIRURGIE numérique), ou par tout autre centre expert, disposant des compétences (humaines, techniques, scientifiques) pour procéder à une évaluation de ces outils, en vue d’une prise en charge par l’Assurance maladie. Ce qui nécessite de proposer un modèle économique de ces robots chirurgicaux.
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TO BE CONTINUED…..
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