Episode 1 : Cadre réglementaire applicable aux DM du bloc opératoire augmenté : Compliance RIA/RDM/EHDS
Interaction entre le règlement sur l’IA, le règlement sur les DM et le règlement sur l’Espace Européen des données de Santé
Eléonore Scaramozzino, Avocate Constellation Avocats
L’Intelligence artificielle bouleverse la manière de soigner, de prévenir et de suivre le patient dans son parcours de soin. La capacité de l’IA à analyser les données de santé en temps réel et historiques en fait un outil puissant pour améliorer l’efficacité et la résilience des systèmes de santé En comparant les données individuelles des patients à des centaines de cas similaires grâce à l’IA, le système peut anticiper les complications et faciliter une prise de décision proactive.

L’IA en santé ne peut se développer que si une stratégie d’accès aux données est implémentée au niveau national et européen, ce qui nécessite l’harmonisation réglementaire, la disponibilité et l’infrastructure des données, la transparence, la validation des données probantes et leur utilité clinique, ainsi que la confiance dans ces dispositifs médicaux embarquant un système d’Intelligence artificielle.

En intégrant l’IA prédictive aux opérations hospitalières, les systèmes de santé peuvent passer d’une gestion réactive des crises à des réponses anticipatives et fondées sur les données. Cela améliore non seulement la prise en charge des patients, mais permet également de remédier aux pressions systémiques chroniques, telles que la pénurie de personnel et la saturation des services de soins intensifs, grâce à une utilisation plus judicieuse des ressources disponibles. La même logique s’applique aux soins primaires, où l’optimisation des ressources grâce à l’IA pourrait contribuer à gérer l’augmentation du nombre de patients, à réduire les orientations inutiles et à garantir un dépistage et une prise en charge plus précoces des patients. Une telle optimisation des processus est essentielle pour maintenir ses systèmes de santé publics.
Quel type d’IA en santé ?

IA prédictive
En Santé, le machine learning, le deep learning et les réseaux de neurone sont adaptés au pronostic, diagnostic, aide à la décision.
A titre d’exemple,
- AICCELERATE (Horizon 2020, 9,2 millions d’euros, 20212024) a développé un moteur de parcours de soins hospitaliers intelligent qui utilise l’IA pour optimiser la gestion des flux de patients dans les services d’urgence et de chirurgie. Ce moteur a été testé dans cinq hôpitaux européens ;
- HosmartAI (Horizon 2020, 10 millions d’euros, 20212024) a créé une plateforme d’intégration ouverte pour le déploiement de l’IA et de la robotique dans les opérations hospitalières, avec huit projets pilotes à grande échelle couvrant des domaines tels que les maladies cardiovasculaires, le diagnostic du cancer et la réadaptation.
- l‘initiative phare EU4Health sur l’IA et les données de santé pour la santé cardiovasculaire (EU4H2026SANTEPJ04, 20 millions d’euros) soutiendra la validation et le déploiement à grande échelle d’applications d’IA matures pour
- la prédiction des risques,
- le dépistage précoce,
- la prévention personnalisée,
- le traitement et la réadaptation tout au long du continuum de soins cardiovasculaires,
tout en construisant un écosystème européen de données de santé fiable.
Le recours à l’IA agentique dans la santé
L’IA peut améliorer l’accès et la synthèse des connaissances médicales par les cliniciens, en les aidant à retrouver les données probantes, les recommandations et les directives personnalisées pertinentes au moment des soins. Les assistants virtuels d’IA générative destinées à soutenir les professionnels de santé, couvrant des cas d’usage allant de l’aide à la décision clinique à la recherche d’informations, sont financés notamment dans le cadre du projet européen dédié (GenAI4EU, HORIZON-HLTH-2025-01-CARE-01).
1- Complexité du cadre réglementaire applicable aux DM à usage collectif utilisés dans les établissements de santé
Quelles réglementations doivent être respectées par les fournisseurs de SIA, les déployeurs et les établissements de santé qui peuvent être fournisseurs pour certaines technologies développées en interne et déployeurs lorsqu’ils les utilisent ?
Le paysage réglementaire européen de l’IA en santé comprend à la fois une législation transversale, notamment la loi sur l’IA et la directive sur la responsabilité du fait des produits, réglement sur les données (DATA Act), le Réglement sur la gouvernance des données (DGA), la Directive NIS2 et des réglementations spécifiques au secteur de la santé, telles que le règlement relatif aux dispositifs médicaux (RDM), le règlement relatif aux dispositifs médicaux de diagnostic in vitro (RDMDIV), le règlement relatif à l’évaluation des technologies de la santé (HTAR) et le réglement sur l’espace européen des données de santé ( EEDS), le réglement sur la cyber résilience .

Ces cadres régissent différents aspects, mais interdépendants, des technologies médicales basées sur l’IA :
- risques algorithmiques et transparence,
- sécurité des produits ;
- performances cliniques ;
- responsabilité en cas de préjudice ;
- évaluation de la valeur clinique ;
- accès aux données et gouvernance.
Les développeurs et les établissements de santé doivent se conformer à ces exigences.
La principale difficulté réside dans leur mise en œuvre pratique. Contrairement à la FDA, qui propose un dialogue structuré et précoce entre les développeurs et les autorités de réglementation, le système européen s’est appuyé sur les organismes notifiés pour la mise en œuvre des exigences réglementaires, sans mécanisme comparable de concertation préalable au dépôt des dossiers. L’interprétation incohérente des exigences du règlement relatif aux dispositifs médicaux (RDM) par les organismes notifiés accentue encore cette incertitude.
Apport de la Révision du Règlement sur les dispositifs médicaux
Dans sa proposition de décembre 2025 visant à réviser le Règlement sur les DM (Réglement UE 2017/745) (COM(2025) 1023 final), la Commission européenne recommande l’instauration d’un cadre juridique formel pour un dialogue structuré, avant et après soumission, entre les fabricants et les organismes notifiés, ainsi qu’une nouvelle désignation de dispositif innovant permettant un examen prioritaire et une prise en charge réglementaire précoce des technologies innovantes .
2- RIA : DM du bloc opératoire augmenté qualifié de SIA à haut risque
RÈGLEMENT (UE) 2024/1689 DU PARLEMENT EUROPÉEN ET DU CONSEIL du 13 juin 2024 établissant des règles harmonisées concernant l’intelligence artificielle et modifiant les règlements (CE) n300/2008, (UE) n°167/2013, (UE) n°168/2013, (UE) 2018/858, (UE) 2018/1139 et (UE) 2019/2144 et les directives 2014/90/UE, (UE) 2016/797 et (UE) 2020/1828 (RIA)
2.1- Définition d’un SIA selon l’article 3.1 du RIA
«système d’IA», un système automatisé qui est conçu pour fonctionner à différents niveaux d’autonomie et peut faire preuve d’une capacité d’adaptation après son déploiement, et qui, pour des objectifs explicites ou implicites, déduit, à partir des entrées qu’il reçoit, la manière de générer des sorties telles que des prédictions, du contenu, des recommandations ou des décisions qui peuvent influencer les environnements physiques ou virtuels.
Selon les lignes directrices de la Commission européenne :

« Modèle d’IA » : absence de définition dans le RIA. Il s’agit d’un programme entraîné sur un ensemble de données pour identifier certains schémas ou prendre des décisions sans interventions humaines.
2.2-Réglementation de l’IA agentique ?
Le RIA ne contient aucune définition juridique d’« agent d’IA ». Pourtant, les propriétés fonctionnelles qui définissent les agents, telles que l’invocation autonome d’outils, la planification en plusieurs étapes, l’interaction avec des systèmes externes et l’adaptation basée sur le retour d’information, sont déjà pleinement couvertes par la définition d’un système d’IA figurant à l’article 3, paragraphe 1 (Réglement IA )
En règle générale, un agent d’IA contiendra au moins un modèle d’IA à usage général (GPAI, article 3, paragraphe 63) et constituera un système d’IA, car il aura généralement une certaine forme d’interface, qui est considérée comme une composante du système (considérant 97 de la législation sur l’IA).
À partir du 2 août 2026, si l’agent d’IA est classé comme un système d’IA à haut risque, il est également soumis à des exigences supplémentaires qui garantissent sa sécurité et sa fiabilité pour l’utilisation prévue (chapitre III RIA).
En outre, si l’agent d’IA est destiné à interagir avec des personnes physiques ou à générer du contenu, des règles de transparence s’appliqueront (article 50 de la législation sur l’IA) – un code de bonnes pratiques visant à rendre ces règles opérationnelles est en cours d’élaboration.
En ce qui concerne les modèles GPIA qui sous-tendent généralement les agents d’IA, des facteurs tels que le niveau d’autonomie ou l’utilisation des outils du modèle peuvent être déterminants pour la désignation du modèle en tant que modèle présentant un risque systémique [article 51, paragraphe 1, point b), annexe XIII, point e), de la législation sur l’IA]. En outre, les fournisseurs de modèles GPAI présentant un risque systémique sont soumis à des obligations de gestion des risques, qui comprennent des considérations relatives aux capacités autonomes du modèle et à son utilisation agentique [opérationnalisées, par exemple, dans la mesure 5.1, point 7, appendice 1.3.1, points 5) et 7), appendice 1.3.3, points 1), 4) et 12), ou appendice 3.2, deuxième alinéa, chapitre sur la sûreté et la sécurité du code de bonnes pratiques GPAI].
Par exemple, le récent appel d’offres du Bureau de l’IA sur l’assistance technique pour la sécurité de l’IA comprend un lot consacré à l’évaluation de la sûreté et de la sécurité des agents de l’IA
2.3-Des obligations spécifiques pour chaque rôle
Classification des DM par les risques
Pour les Dispositifs médicaux avec IA relèvent de la catégorie à haut risque, où « les enjeux vitaux sont particulièrement importants » et où « les systèmes de diagnostic et d’aide à la décision, de plus en plus sophistiqués, doivent être fiables et précis ».

Cette classification à haut risque entraîne un ensemble complet d’obligations avant et après la mise sur le marché, applicables tout au long du cycle de vie du produit, de la gouvernance des données et de la documentation technique à la transparence, au contrôle humain, à la robustesse et à la surveillance post commercialisation. Les systèmes à haut risque sont soumis à des exigences strictes tout au long de la chaîne de valeur de l’IA, avec des obligations spécifiques.
Le RIA définit 5 rôles principaux avec pour chacun d’eux des responsabilités spécifiques et cumulatives. La qualification est fondée sur un rôle effectif.
| «fournisseur» | une personne physique ou morale, une autorité publique, une agence ou tout autre organisme qui développe ou fait développer un système d’IA ou un modèle d’IA à usage général et le met sur le marché ou met le système d’IA en service sous son propre nom ou sa propre marque, à titre onéreux ou gratuit |
| «déployeur» | une personne physique ou morale, une autorité publique, une agence ou un autre organisme utilisant sous sa propre autorité un système d’IA sauf lorsque ce système est utilisé dans le cadre d’une activité personnelle à caractère non professionnel; |
| «distributeur» | une personne physique ou morale faisant partie de la chaîne d’approvisionnement, autre que le fournisseur ou l’importateur, qui met un système d’IA à disposition sur le marché de l’Union; |
| «importateur» | une personne physique ou morale située ou établie dans l’Union qui met sur le marché un système d’IA qui porte le nom ou la marque d’une personne physique ou morale établie dans un pays tiers |
| « mandataire » | une personne physique ou morale établie dans l’UE et représentant le fournisseur établi hors UE |
Un établissement de santé peut être qualifié de fournisseur s’il développe des SIA et être un déployeur lorsqu’il utilise sous sa propre autorité un SIA, ses obligations seront différentes en fonction de la qualification retenue.
Obligations du fournisseur : obligations ex ante (articles 16-29)
- gestion des risques,
- robustesse,
- évaluation de la conformité
Obligations du déployeur : conformité de l’usage (article 29)
- supervision humaine,
- surveillance,
- signalement des incidents,
évaluation de l’impact sur les droits fondamentaux.

Le rôle d’importateur distributeur et mandataire portent des responsabilités plus ciblées
- L’importateur doit vérifier la conformité des systèmes importés ;
- Le distributeur s’assure de la disponibilité de la documentation appropriée ;
- le mandataire sert d’interlocuteur UE pour les fournisseurs établis hors Union européenne
2.4-Exigences avec des obligations renforcées pour les DM (SIA à haut risque)
Fournisseur : Check list des exigences

2.5-L’Autorité compétente en France des DM du bloc opératoire avec IA
Le contrôle de la bonne mise en œuvre du RIA sera assuré en France par plusieurs autorités, en accord avec les orientations proposées par le règlement IA lui-même. Ainsi, le contrôle des systèmes d’IA couverts par le règlement postérieurement à cette mise sur le marché ou mise en service sera assuré par les administrations, agences et autorités sectoriellement compétentes ou pertinentes.
Le schéma retenu par le Gouvernement sera mis en œuvre, sous réserve qu’il soit accepté par le Parlement par le biais d’un projet de loi.

Pour les DM avec un système d’IA à haut risque relevant de l’Annexe I, les autorités compétentes sont :
- DGCCRF (autorité coordinatrice opérationnelle) point de contact unique (représentation des ASM au sous-groupe de coordination du Comité IA)
La DGCCRF est chargée de la coordination des autorités de surveillance du marché et jouera à ce titre le rôle de point de contact unique en application de l’article 70.2 du règlement.
- DGE (coordination stratégique : bureau de liaison unique (SQUALPI, R2019/1020 art 10, représentation de la France au Comité IA).
La DGE continue d’apporter son soutien à la mise en œuvre de ce texte en tant qu’autorité réglementaire en charge du règlement IA et de son rôle au sein du Comité européen de l’IA, où elle représente la France
- ANSM
- CNIL : traitement de données à caractère personnel (phase de développement et phase de déploiement)
- Pour l’évaluation des DM en vue de leur remboursement HAS-ANS
En appui des autorités dans leurs missions de contrôle de la conformité des SIA : socles de compétences techniques mutualisées
- ANSSI
- PEReN
Une mutualisation avancée des compétences et outils techniques en IA et cybersécurité est mise en place par le Pôle d’expertise de la régulation numérique (PEReN) et l’Agence nationale pour la sécurité des systèmes d’information (Anssi) pour appuyer les autorités dans leurs missions de contrôle de la conformité des systèmes d’IA.
2.6-Sanctions adaptées

2.7-Bac à sable réglementaire : 2 Aout 2026
Un soutien supplémentaire provient des bacs à sable réglementaires pour l’IA, des environnements contrôlés où les développeurs peuvent tester des systèmes d’IA innovants sous supervision réglementaire avant leur commercialisation.
Conformément à l’article 57 du règlement sur l’IA, tous les États membres doivent mettre en place au moins un bac à sable opérationnel d’ici le 2 août 2026. Pour l’IA dans le domaine de la santé, les bacs à sable offrent la possibilité de bénéficier d’un accompagnement réglementaire direct pendant le développement, de tester des algorithmes avec des données cliniques réelles et d’obtenir une documentation sur leur engagement, essentielle pour la conformité future.
Les PME et les startups bénéficient d’un accès prioritaire et d’une participation gratuite. En décembre 2025, la Commission a publié un projet de règlement d’exécution détaillant le fonctionnement des bacs à sable, notamment les plans, la documentation et les rapports de sortie. La Commission a également proposé un bac à sable au niveau de l’UE, placé sous la compétence du Bureau de l’IA, avec une coopération transfrontalière renforcée entre les bacs à sable nationaux
3- L’Accès aux données : le réglement sur l’espace européen de données de santé (EHDS)
Le développement et la validation de l’IA pour la santé dépendent fondamentalement de l’accès à des ensembles de données de santé vastes, diversifiés et de haute qualité. L’entraînement des algorithmes pour détecter les maladies précoces, stratifier les risques ou prédire la réponse au traitement exige des données couvrant les populations, les institutions et les contextes cliniques. Or, en Europe, les données de santé demeurent très fragmentées, cloisonnées au sein des hôpitaux, des régions et des États membres, souvent stockées dans des formats incompatibles et soumises à des interprétations divergentes des règles de protection des données. Cette fragmentation constitue un obstacle structurel au développement de l’IA : sans accès à des données représentatives, les algorithmes risquent une faible généralisation, des biais inhérents et une utilité clinique limitée.
3.1 Fragmentation des données de santé dans l’UE
Les systèmes de dossiers médicaux électroniques (DME) des États membres utilisent des terminologies, des systèmes de codage et des structures de données différents, ce qui rend l’agrégation transfrontalière des données pour le développement de l’IA extrêmement complexe. Même au sein d’un même établissement, l’hétérogénéité des pratiques de gestion et d’annotation des données, ainsi que le suivi longitudinal incomplet, limitent l’utilité des dossiers existants pour l’entraînement et la validation des modèles d’IA. Les différences de pratiques de gouvernance, de capacités institutionnelles et d’interprétation des exigences en matière de protection des données peuvent engendrer une incertitude quant au partage des données de santé entre les établissements et les États membres et conduisent souvent à des approches excessivement prudentes qui entravent l’utilisation légitime des données, même lorsque les établissements souhaitent collaborer.
Les travaux visant à surmonter ces difficultés ont débuté avant l’introduction du système EHDS. Un format d’échange européen de dossiers médicaux électroniques (xEHR) a été mis en œuvre dans le cadre de plusieurs initiatives soutenues par l’UE, établissant des normes communes pour l’échange transfrontalier de catégories de données prioritaires. Le règlement EHDS fournit désormais le cadre juridique nécessaire à l’intensification de ces travaux. En vertu de son article 15, la Commission est tenue d’adopter des actes d’exécution précisant l’architecture technique du xEHR d’ici mars 2027. Le défi s’étend à la pratique clinique courante. Dans de nombreux hôpitaux, les cliniciens manquent d’outils simples, sécurisés et efficaces pour échanger des informations cliniques avec leurs collègues d’autres services ou établissements.
3.2-Qualité des données de santé nécessaire à l’entraînement de l’IA
Au-delà de l’accès, la qualité des données représente un défi majeur. Le développement d’une IA de haute qualité repose sur des données codées de manière cohérente selon des terminologies internationales telles que SNOMEDCT pour les termes cliniques et la CIM10 pour les diagnostics, avec des champs structurés pour les procédures, les médicaments, les valeurs de laboratoire et les résultats. En pratique, une grande partie des données cliniques demeure non structurée : notes cliniques en texte libre, documents numérisés, comptes rendus dictés et entrées codées de manière incohérente, nécessitant un traitement important avant leur utilisation pour l’entraînement ou la validation de l’IA. De plus, les données d’entraînement sous-représentant certaines populations, que ce soit par âge, sexe, origine ethnique, statut socioéconomique, région géographique ou profil de comorbidité, risquent de produire des modèles peu performants ou inéquitables lorsqu’ils sont déployés dans divers contextes cliniques.
3.3-Les défis de l’Espace Européen des Données de Santé
L’espace européen des données de santé (EHDS – European Health Data Space) est un pilier de l’union européenne de la santé et le premier espace de données commun de l’UE consacré à un domaine spécifique dans le cadre de la stratégie européenne pour les données.
Le règlement relatif à l’espace européen des données de santé («règlement EHDS») vise à établir un cadre commun pour l’utilisation et l’échange de données de santé électroniques dans l’ensemble de l’UE. Il établit un cadre juridique, de gouvernance et d’interopérabilité pour l’échange de données de santé entre les États membres, avec des dispositions relatives à l’utilisation primaire (facilitant l’accès des individus à leurs données de santé personnelles et leur contrôle grâce à un partage transfrontalier fluide) et à l’utilisation secondaire (permettant aux chercheurs autorisés, aux autorités de santé publique et aux développeurs d’IA de demander l’accès aux données de santé à des fins de recherche, d’innovation, de réglementation et de politique, dans le respect de normes strictes de confidentialité et de sécurité).
Les principales étapes vers une mise en œuvre intégrale
- Mars 2025: le règlement EHDS entre en vigueur, marquant le début de la période de transition.
- Mars 2027: la Commission doit avoir adopté plusieurs actes d’exécution clés fixant des règles détaillées pour la mise en œuvre opérationnelle du règlement.
- Mars 2029: des parties importantes du règlement EHDS entrent en application, y compris, pour une utilisation primaire, l’échange du premier groupe de catégories prioritaires de données de santé (dossiers de patients, ordonnances électroniques et dispensations électroniques) dans tous les États membres de l’UE. Les règles relatives à l’utilisation secondaire commenceront également à s’appliquer à la plupart des catégories de données (celles issues des dossiers médicaux électroniques, par exemple).
- Mars 2031: pour une utilisation primaire, l’échange du deuxième groupe de catégories prioritaires de données de santé (images médicales, résultats de laboratoire et rapports de sortie d’hôpital) devrait être opérationnel dans tous les États membres de l’UE. Les règles relatives à l’utilisation secondaire commenceront également à s’appliquer aux autres catégories de données (données génomiques, par exemple).
- Mars 2035: les pays tiers et les organisations internationales pourront demander à participer à HealthData@EU pour une utilisation secondaire.
Pour le développement de l’IA, les dispositions relatives à l’utilisation secondaire sont particulièrement importantes. Il établit un cadre juridique permettant aux acteurs autorisés de demander l’accès aux données de santé électroniques à des fins telles que la formation, les tests et la validation des systèmes d’IA. Au cœur de ce dispositif se trouve HealthData@EU, une infrastructure décentralisée à l’échelle de l’UE qui connecte les organismes d’accès aux données de santé (HDAB) établis dans chaque État membre. Chaque HDAB est responsable du traitement et de l’évaluation des demandes d’utilisation secondaire au regard de critères définis, de la délivrance des autorisations d’accès aux données, de la garantie que les données sont fournies sous forme anonymisée ou pseudonymisée lorsque cela est approprié, et du maintien d’environnements de traitement sécurisés. Les HDAB doivent également établir et tenir à jour des catalogues nationaux de jeux de données et informer le public sur les utilisations des données.
Le règlement impose des normes d’interopérabilité, notamment le format d’échange européen des dossiers médicaux électroniques (DME), afin de réduire les obstacles techniques à l’accès transfrontalier aux données. L’action conjointe TEHDAS2 élabore des spécifications techniques et des lignes directrices pour garantir un accès sécurisé aux données de santé au-delà des frontières.
Le projet SHAIPED, financé par le programme Europe numérique et lancé en mars 2025, pilote le développement, la validation et le déploiement de modèles d’intelligence artificielle (IA) à l’aide de l’infrastructure HealthData@EU, en particulier pour aider les comités consultatifs sur les données de santé (HDAB) à établir des parcours d’IA pour le développement de dispositifs médicaux.
Ce cadre ouvre des perspectives considérables pour les registres à grande échelle, les archives d’imagerie et les dossiers médicaux électroniques longitudinaux pourraient devenir accessibles pour l’entraînement des algorithmes et leur validation externe via des voies d’accès autorisées, permettant ainsi de tester les modèles auprès de populations diverses et dans différents contextes de soins.
Le règlement EHDS vise à améliorer les conditions et la représentativité des ensembles de données d’entraînement. Le règlement ne rend pas les données disponibles. La disponibilité effective des données dépend de sa mise en œuvre par les États membres et les détenteurs de données.
Dans les deux premières années, les États membres doivent mettre en place leurs comités consultatifs sur les données de santé numériques (HDAB) et leurs autorités de santé numérique. Ces échéances définissent le cadre juridique et de gouvernance ; des initiatives nationales et institutionnelles peuvent permettre un accès plus rapide sur la base des fondements juridiques existants.
Tant que le cadre de gouvernance EHDS ne sera pas pleinement opérationnel, l’accès aux données pour le développement de l’IA continuera de dépendre des capacités institutionnelles, des accords bilatéraux et des approches fédérées qui permettent d’entraîner les algorithmes sur différents sites sans centraliser les données sensibles.
Pour aller plus loin sur EHDS
Comprendre le Règlement EHDS (UE) 2025/327 : Guide Complet
4-Compliance : Interactions entre les exigences du RIA/RDM/REHDS
Le règlement sur les dispositifs médicaux régit la sécurité et la fiabilité du DM (performances cliniques différentes du SMA/ ASMA qui relève de la réglementation nationale en vue du remboursement, alors que le règlement sur l’IA traite des risques spécifiques à l’IA, notamment la transparence, la supervision humaine et la robustesse algorithmique.
Pour aller plus loin sur la Réforme du RDM : Réforme des Règlements UE sur Dispositifs Médicaux: Simplification
Pour aller plus loin sur l’Espace Européen de Santé : Comprendre le Règlement EHDS (UE) 2025/327 : Guide Complet

| Exigences RIA | Interaction RDM et REHDS | |
| Gouvernance des données | Les ensembles de données d’entraînement, de validation et de test doivent être pertinents, représentatifs et correctement documentés. | L’EHDS établit le cadre juridique et d’interopérabilité pour un accès légal aux données ; sa disponibilité effective dépend de la mise en œuvre par les États membres |
| Transparence | Tenue de registres, traçabilité et instructions d’utilisation claires, y compris les capacités, les limitations et l’objectif visé | Le document MDCG 20256 permet d’intégrer les obligations de transparence de l’AI Act dans les processus de documentation DM existants |
| Supervision humaine | Les systèmes doivent permettre aux utilisateurs de comprendre les résultats, de passer outre les recommandations et d’intervenir lorsque cela s’avère nécessaire | Complète l’accent mis par les règlements DM sur la responsabilité de l’utilisateur clinique ; renforce le rôle de l’IA en tant qu’outil d’aide à la décision plutôt qu’en tant que décideur autonome |
| Gestion des risques | Gestion des risques tout au long du cycle de vie, prenant en compte la santé, la sécurité et les droits fondamentaux, y compris les risques spécifiques de l’IA | Extension de la gestion des risques DM existante (ISO 14971) pour couvrir les biais algorithmiques, la dérive des données et la cybersécurité |
| Surveillance post marché | Suivi continue des performances, signalement des incidents graves aux autorités compétentes | Extension des obligations de vigilance DM/DIV pour inclure la surveillance spécifique à l’IA (détection de dérive, émergence de biais) |
| Conformité Evaluation | Les IA à haut risque nécessitent une évaluation de conformité | Un processus d’évaluation unique pour la conformité au RIA et aux DM |
Pour les dispositifs médicaux basés sur l’IA, l’évaluation de la conformité doit prendre en compte à la fois les exigences traditionnelles relatives aux dispositifs et les spécificités de l’IA. Le document MDCG 20256, adopté conjointement par le Groupe de coordination des dispositifs médicaux et le Conseil de l’IA, fournit des orientations sur l’intégration des obligations RIA dans les systèmes de gestion de la qualité RDM/RDIV existants. Ceci favorise une approche d’évaluation de la conformité plus intégrée entre les deux cadres réglementaires et vise à réduire les doublons et la charge administrative.
A suivre : Compliance Episode 2 : Interaction RIA/RDM pour les DM du bloc opératoire augmenté

